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"…Non pas donner le corps à voir, prétexte à toutes les facilités académiques que l'on connaît. Mais donner au regard, par le truchement du corps, quelque chose de la densité, de la gravité de la matière corporelle, et poursuivre de la sorte une chimère ancienne et féconde, à laquelle on n’a cessé de chercher une forme acceptable : que le regard ne soit plus (seulement) le sens qui induit la distance, la coupure, et l'abstraction ; mais qu'il rejoigne les autres sens, bannis en général des arts dits justement visuels, et qui détiennent pourtant une part de vérité à laquelle nous ne sommes pas prêts à renoncer. …"
"… Le traitement contemporain du corps marque, de ce point de vue - et contrairement à ce que l'on répète souvent sans réfléchir -, l'affirmation d'une véritable spécificité photographique et le début d'une véritable histoire propre - par opposition à une histoire qui est restée longtemps dominée par celle de l'art en général, de la peinture en particulier. Le corps contemporain reflète les ruptures et les fractures, les fantasmes et les angoisses qui caractérisent notre rapport au réel aujourd'hui. Fragmentation, démembrement, monstruosité ordinaire ou extraordinaire, maladie et mort, culte de certains attributs, etc. : c'est d'un corps réel qu'il s'agit, et non d'un corps "artistique" un corps aux prises avec le réel, un corps de crise, au sens large du terme, c'est-à-dire qui désigne (parfois pour les nier) les différences, les points de rupture et de fuite. Sans doute angoisses et fantasmes, fétiches et faux-semblants ont-ils toujours été présents. Mais le rapport des époques antérieures au corps et à ses représentations était très différent du nôtre - une des raisons, parmi beaucoup d'autres, étant que tout semble devenu possible et montrable aujourd'hui, les éventuels effets de censure qui font périodiquement retour prenant eux-mêmes leur place dans le dispositif général, le "contexte" de l'art contemporain, comme on a pu le voir avec les "affaires" Serrano, Mapplethorpe ou Noir Limite, par exemple. …"
in "Voir nu" / Passages du corps dans la création photographique contemporaine, Régis Durand, source
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Jean-Luc Nancy
Un entretien sur le corps -2
/ Propos recueillis par Emanuel Alloa
"…« Hors au milieu de moi », oui : précisions que le seul « dehors » qui en soit vraiment un n’est jamais celui qu’on voit par sa fenêtre, qui n’est « dehors » que par différence avec le « dedans ». Le vrai dehors n’est pas un autre dedans que ce dedans-ci : il est au cœur (c’est le cas de le dire !) du dedans. Le modèle ici pour moi serait la phrase de Wittgenstein : « Le sens du monde est hors du monde. » Comme cette phrase n’est pas celle de quelqu’un qui croirait à un autre monde transcendant au nôtre, à un « arrière-monde » pour parler comme Nietzsche, elle ne peut pas signifier autre chose que ceci : le sens du monde est « dans » le monde un « hors ». C’est-à-dire une ouverture, une béance qu’on peut comprendre comme blessure ou comme voie d’accès – d’entrée et de sortie – ou encore comme bouche, oreille, narine, anus, sexe, œil. Vous pouvez imaginer sans peine comment chacune de ces ouvertures peut donner lieu à une ample variation sur la modalité propre de hors qu’elle évoque : le hors du souffle, celui du désir, celui de l’excrément, celui de la parole, celui des sensations de toutes sortes, et pour finir sous chacun de ces modes une modalisation du « sens », c’est-à-dire du renvoi de « moi » à de l’autre, à du « dehors ». Plus précisément, je dirais : à ce qui de l’autre est dehors ou fait dehors, c’est-à-dire non pas présence d’un autre devant moi (avec son propre « dedans ») mais non-fermeture, non-retour en soi, ni de l’autre, ni de moi. …"
+ @ Jean-Clet Martin
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dieter roelstraete: poiesis makes perfect, notes on gesture (reprise)
3a. In early use: The employment of bodily movements, attitudes, looks, etc., as a means of giving effect to oratory.
3b. Now only: Movement of the body or limbs as an expression of feeling.
4. A movement of the body or any part of it; now only as expressive of thought or feeling.
(From the Oxford English Dictionary)
Two fragments, cursory-sounding remarks culled from very different quarters of academia, have been especially inspiring in providing this entry. One is the opening sentence from a rather elliptical short essay, “Notes on Gesture”, by what is arguably Europe’s greatest living philosopher, Giorgio Agamben; it states, rather dramatically, that “by the end of the nineteenth century, the Western bourgeoisie had definitely lost its gestures.”
The second quote belongs to American sociologist Richard Sennett, whose seminal The Fall of Public Man, published in 1977, in essence expands on a remarkably similar observation; a handul of pages into the book’s opening chapter “The Public Domain”, Sennett asserts: “There was a quality about the bourgeois life of the last century all too easy to forget – its essential dignity. There was an effort – diseased and destined to collapse, to be sure – to make distinctions between realms of experience, and thus wrest some form out of a society of enormous disorder and harshness. .../...”
"… Ainsi, l’image est d’essence monstrative ou « monstrante ». Chaque image est une monstrance, pour employer le mot qui dans plusieurs langues désigne ce que le français nomme ostensoir. L’image est de l’ordre du monstre : monstrum, c’est un signe prodigieux qui avertit (moneo, monestrum) d’une menace divine. En allemand, le mot pour l’image, Bild – qui désigne l’image dans sa forme, dans son façonnement – vient d’une racine (bil-) qui désigne une force ou un signe prodigieux. C’est ainsi qu’il y a une monstruosité de l’image : elle est hors du commun de la présence parce qu’elle en est l’ostension, la manifestation non pas comme apparence, mais comme exhibition, comme mise-au-jour et mise-en-avant.
Ce qui est monstré, ce n’est pas l’aspect de la chose : c’est à travers l’aspect ou sortant de lui (ou bien le tirant du fond et l’ouvrant, le jetant en avant) son unité et sa force. La force n’est elle-même pas autre chose que l’unité nouée d’une diversité sensible. L’aspect est dans la diversité, le rapport étendu des parties d’une figure. Mais la force est dans l’unité qui les conjoint pour les projeter au jour. Toute la peinture est là pour nous montrer, sans relâche et sur des modes toujours renouvelés, le travail ou la recherche de cette force. Un peintre ne peint pas des formes s’il ne peint d’abord une force qui s’empare des formes et qui les emporte en une prés-ence.
Dans cette force, les formes aussi bien se déforment ou se transforment. L’image est toujours une métamorphose dynamique ou énergétique. Elle part d’en deçà des formes et va au-delà : toute peinture, même la plus naturaliste, est une telle force métamorphique. La force (donc la passion, on le comprend) déforme : elle emporte les formes dans un élan, dans un jet qui tendanciellement les dissout ou les excède. La monstration jaillit en monstruation. …"
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"In recent decades, the body has moved from being the subject of traditional portraiture to become an active presence in live and participatory events. Art historical, socio-political and cultural developments, from radical feminism in the 1970s to contemporary scientific breakthroughs, have all had a profound influence on artists’ attitudes to, and representations of, the human form.
The Body in Contemporary Art presents an international survey of art made since the early 1990s that has the body as its focus. It examines such areas as nature and technology, the grotesque, identity politics and the place of the individual in society.
From painting and sculpture to installation, video art and performance, The Body in Contemporary Art reveals the myriad ways in which the body has inspired a generation of artists. Featuring the work of both renowned and up-and-coming figures, including Francis Alÿs, Marlene Dumas, Matthew Barney, Oleg Kulik, Rineke Dijkstra and Ernesto Neto, this book shows how the body continues to be pivotal to our understanding and expression of our place in the universe.
Sally O’Reilly is a writer and art critic who contributes regularly to Art Monthly, Art Review, Frieze and Time Out. She has written numerous essays for international galleries and institutions, and was co-editor, from 2004 to 2008, of the interdisciplinary broadsheet Implicasphere. She is also a dean of Brown Mountain College of the Performing Arts, an itinerant platform for the production of performative events."
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"... Les techniques contemporaines de l’imagerie du corps interne ont transformé d’une manière radicale l’image du corps. À première vue, elles l’ont élargie en y insérant l’étrangeté du corps interne. Mais on a vu que, même si l’invisible du corps profond est rendu visible, cela ne veut pas dire que ces images du corps, difficilement reconnaissables, constituent une image spéculaire ou une image du corps idéal. Elles ouvrent plutôt à la dimension de l’affection, elles remontent aux « fantasmes » sensibles. Disons que ces images, d’une manière paradoxale, représentent le corps morcelé qui, en tant que tel, n’est pas représentable, qu’elles donnent un sens visuel au fantasme senti. Le regard scientifique semble contourner ce paradoxe en ignorant complètement la dimension sensible qui sous-tend toute image du corps. Corps étranger, par contre, montre que l’idée du corps « transparent » reste toujours un mythe. Il n’est pas possible de neutraliser complètement l’étrangeté du corps : le corps étranger subsiste. Loin de l’annuler, cette œuvre d’art invite à sentir l’étrangeté qui est propre à nos corps propres. En effet, ce que les technologies contemporaines révèlent, et ce qui peut être souligné par une œuvre d’art, est que le propre – ou, peut-être, la propriété - du corps, de l’existence est conditionné par une étrangeté ou une altérité radicale qui échappe à toute réflexion et à toute représentation. En réfléchissant le corps interne, on rencontre les limites mêmes de la réflexion et de la représentation. ..."
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"... L’hybridité et la métamorphose sont au cœur de nombreux mythes grecs : les viriles Amazones, Danaé fécondée par une pluie d’or, l’accouplement de Léda et d’un cygne, Daphné prenant racine, Arachné devenue animal… Nous assistons à un travail du mythe dans l’art contemporain, entre reconduction et opérations de déplacement. ..."
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"… Il ne s’agit pas d’ouvrir et d’exhiber le corps, mais de connecter un corps avec lui-même pour le rendre sentant, pour le faire advenir à lui-même et peut-être pour le faire advenir tout court. Ce n’est pas une apothéose, une spiritualisation du corps, mais la révélation de l’intériorité qui le creuse et l’anime. Les pédants parleront d’une genèse transcendantale du corps, ou de corps involutifs. On aimerait voir là comme un nouveau Golem, tête baissée, regard tourné au-dedans, absorbé dans la venue de ce qui a aussi pour nom : corps propre. …"
in "Bernard Lallemand : corps appareillés" (expo @ galerie Anton Weller), Elie During @ Organdi, source
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